Calixte Beyala:”Cinq ans de plus avec Sarkozy, c’est l’Afrique qui va disparaître”


Calixte Beyala est la présidente du Mouvement des Africains Français (MAF). Elle réagit après la victoire de François Hollande au premier tour de l’élection présidentielle française qui a eu lieu le 22 avril dernier. Cette interview a été réalisée par Christian Musampa dans le cadre de l’émission  ”Sans détour” pour le compte de ”Cameroonvoice”.

Christian Musampa: Bonsoir Calixte Beyala. Merci d’avoir accepté de répondre aux questions de ”Cameroonvoice” depuis Paris.

Calixte Beyala: Bonsoir.

Christian Musampa : Calixte Beyala, vous n’êtes plus à présenter. Vous êtes écrivain et militante. On vous a vu sur tous les fronts, notamment, en Côte d’Ivoire, en Lybie; mais aussi dans le cadre de vos activités de présidente du MAF (Mouvement des Africains Français). Une première question : Nous avons François Hollande qui arrive en tête du scrutin de dimanche avec 28,63% de voix contre Nicolas Sakorzy qui décroche 27,18%. Est-ce que c’est de bonne augure pour vous et pour le MAF ?

Calixte Beyala : Absolument. Tout le MAF a été mobilisé et, dès le premier tour, a voté pour François Hollande. C’est quand même la première fois qu’on voit en France un président sortant arriver en deuxième position face à quelqu’un, comme François Hollande, qui se présente pour la première fois à une élection présidentielle.

Donc notre vote a été très décisif et cela a beaucoup affaibli le candidat de l’extrême gauche, Jean Luc Mélenchon, de 4 à 5 points. Des points qui sont allés directement au candidat socialiste. Les Noirs ont massivement voté pour Hollande et cela montre la capacité de mobilisation du MAF. Pour la première fois aussi, les résultats en Afrique nous montrent que les Africains Français en Afrique ont voté beaucoup à Gauche. Depuis l’instauration de la Cinquième République, c’est la droite qui gagnait en Afrique. Cette fois-ci, c’est la gauche qui arrive en tête. C’est une première et cela est dû à la capacité fédératrice du Mouvement des Africains Français.

Christian Musampa: Alors Calixte Beyala, êtes-vous vraiment convaincue que c’est la mobilisation des Africains Français qui a aidé à faire  la différence?

Calixte Beyala
: Oui, cela a énormément compté. Avant l’appel du MAF, Mélenchon surfait aux alentours de 16% des intentions de vote. Dès que nous avons donné les consignes de vote, les sondages qui ont suivi dans les 48 heures lui ont donné 13% et pour finir aujourd’hui à 11%. Nicolas Sarkozy a lui aussi reculé, parce que même les Africains français de droite ont voté Hollande. Donc notre appel a énormément joué, et quand vous voyez les gens qui fêtent à la rue Solférino (siège du Parti Socialiste) pour la première fois,  il y a énormément d’Africains Français, alors que jusqu’ici cela n’avait jamais été le cas. C’est toute la jeunesse Africaine Française qui était à la rue Solférino. C’est extraordinaire!

Christian Musampa: On le sait vous avez demandé de faire barrage à Nicolas Sarkozy. Est-ce que vous pouvez nous rappeler aujourd’hui  deux ou trois éléments principaux pour lesquels vous pourriez être satisfaite?

Calixte Beyala : Premier élément, il faut que les bombardements en Afrique cessent, car il n’y a pas que la Libye et la Côte d’Ivoire qui sont visées par Nicolas Sarkozy. Les pays du Golfe de Guinée, notamment pour leur pétrole, sont aussi dans le viseur.

Deuxièmement, il faut faire reculer la xénophobie et le racisme en France; car Marine Le Pen à 17%, c’est le fruit du travail de Nicolas Sarkozy qui a exacerbé les haines contre les Noirs. Il a exalté le nationalisme xénophobe français.

La troisième chose, c’est une satisfaction personnelle. Cet homme, à mon avis, n’a pas été capable d’incarner l’esprit de la République française. Et c’est pour cela que, pour la première fois, je me suis, à ce point, impliquée dans une élection présidentielle. Car, en effet, c’est la première fois que j’ai appelé à voter pour quelqu’un dans le cadre d’une élection en France. Habituellement, je me tiens toujours à l’écart, même si je m’intéresse à la politique.

Christian Musampa : Vous savez qu’en France, généralement, au premier tour, c’est un vote sanction. Nous avons Nicolas Sarkozy à 27% et Marine Le Pen à 17%. Quand on sait habituellement que le report des votes des électeurs du Front National revient plus à la droite qu’à la gauche, est-ce qu’il n’est pas prématuré de parler d’une défaite de Nicolas Sarkozy au deuxième tour ?

Calixte Beyala: Non, parce qu’il y a énormément d’électeurs de droite qui ne voteront pas Sarkozy et qui ont fait un vote sanction dimanche. Et ce vote exprimé a pour but d’appeler Hollande à faire attention à des thématiques précises. Moi je pense que ce vote sera reparti entre Nicolas Sarkozy et François Hollande de l’ordre de 50/50, ou encore 40% pour Sarkozy et 60% pour Hollande. Par contre, il y a le vote de l’extrême Gauche, environ 11%, qui, ajouté à celui des Verts, ira directement à François Hollande.

Mais, contrairement au sondage, je ne dirais pas que la victoire de Hollande sera de l’ordre de 57 ou 58%, car les élections en France se jouent à 2 ou 3 points de différence. Je dirais que Hollande aura 53%. Et 47% iront à Sarkozy. N’eût été la mobilisation de la communauté Africaine, l’extrême droite aurait été plus forte. Tout le monde est allé voter. Même les jeunes se sont impliqués; l’objectif étant de faire barrage au Front National en se resserrant autour du candidat républicain de notre choix.

Christian Musampa : Comme vous pouvez l’imaginer, les élections françaises ont un impact sur le continent Africain. Votre mouvement, en appelant à faire barrage à Nicolas Sarkozy, avait en tête les événements qui se sont passés en Côte d’Ivoire. La question est de savoir pourquoi avoir choisi Hollande, quand on sait que dans le fond, Hollande ne semble pas vouloir changer les fondamentaux de la politique française en Afrique, est-ce que Hollande-Sarkozy ce n’est pas bonnet blancblanc bonnet?
 
Calixte Beyala : Je ne peux pas le penser, car Hollande n’est pas un homme violent. Je le connais depuis plusieurs années. Je lui fais absolument confiance parce que j’échange beaucoup avec lui. Au moins depuis 2 ans, on s’écrit pour parler des questions diverses. C’est quelqu’un qui écoute beaucoup. Je me rappelle lui avoir parlé de la Côte d’Ivoire et il n’a pas reçu Alassane Ouattara …

Christian Musampa : Mais, on ne l’a pas vu défendre le Président Gbagbo qui est pourtant un ami du Parti Socialiste…

Calixte Beyala : Défendre la Côte d’Ivoire ne veut pas dire défendre Laurent Gbagbo. Moi je peux le défendre. C’est un ami personnel. Défendre les principes et non les hommes, moi je défends les principes. Par exemple, Il a condamné le Gabon où les élections ont été truquées et c’est la première fois qu’un futur chef d’État français critique de manière aussi claire les élections en Afrique. Il a conscience qu’il faut mettre fin à cette France -Afrique. Mais, c’est une grosse machine. Il faudrait l’aider dans cette tâche et c’est pour cela que nous avons demandé aux Africains de voter pour lui.

Parce qu’un homme politique ne peut agir à l’aveuglette, il lui faut du soutien. En politique c’est du donnant-donnant. Si une décision est prise, il faut qu’elle bénéficie d’un soutien certain. François Hollande sait aujourd’hui que la communauté Africaine est avec lui et qu’on va le soutenir dans la politique qu’il va mettre en place.

Christian Musampa: Calixte Beyala, vous l’avez sans doute remarqué, on a très peu parlé de l’Afrique dans cette campagne, on reproche d’ailleurs au PS et à François Hollande sa doctrine très hésitante de la politique en Afrique. François Hollande semble être contre les réseaux comme vous l’avez souligné. Quelles sont les chances réelles qu’il en finisse avec la France-Afrique ?

Calixte Beyala: Ses chances réelles, c’est à nous de les lui donner. Il ne faut plus que les Africains se mettent à l’écart. Je vais vous donner un exemple, il est venu nous rendre visite à notre Congrès du MAF le 14 avril dernier. C’était une première qu’un futur chef d’État vienne rendre visite à la communauté Noire toute entière. Cela ne s’est jamais fait, car la communauté Noire a toujours été méprisée. En fait, il le fait contre l’avis du PS. Pour vous dire que c’est un homme qui se fait ses propres réseaux, ses propres opinions, ses propres amis. Il a répondu à ses détracteurs qui lui reprochaient notre amitié. Il leur a fait comprendre que Calixte Beyala est une amie. Elle est à la tête d’un mouvement qui fonctionne selon les principes de la République. Et je vais l’embrasser. Cela démontre déjà que c’est un homme de grande qualité humaine.  Cela prouve la confiance qui peut être placée en lui, et il répond toujours à nos préoccupations.

C’est un homme de très grande qualité et je ne pense pas qu’il va changer. Pour ma part, je continuerai toujours à lui dire ce que je pense sans toutefois avoir la prétention de croire que je serais toujours écoutée. Souvent les gens sont hésitants parce qu’ils n’ont pas une bonne connaissance de l’Afrique. Jusqu’à présent, il se trouve que ce sont les affairistes qui – ne maîtrisant pas l’environnement du monde politique en Afrique – font des comptes-rendus qui ne correspondent pas à la réalité du terrain. C’est pourquoi le MAF doit devenir l’interface entre les pays Africains, la France et l’Europe.

Christian Musampa: Quelles sont, de manière concrète, le actions que pourraient prendre François Hollande sur la Côte d’Ivoire, par exemple?

Calixte Beyala: La première chose, c’est de retirer les troupes militaires Françaises de la Côte-d’ivoire. Car nous ne sommes pas en guerre contre la Côte-d’ivoire. Je paye mes impôts en France pour une armée de défense et non pour une armée guerrière et d’attaque. Nos militaires sont là pour défendre les frontières et non attaquer les autres. J’aimerais que nos troupes rentrent à la maison, car nous avons eu beaucoup de pertes et on a besoin de nos militaires dans l’hexagone. C’est la première chose que je le lui demanderai. D’ailleurs, je le lui ai déjà demandé.

Christian Musampa: Et par rapport à la Libye?

Calixte Beyala : La Libye, c’est l’OTAN qui l’a détruite. Il n’y a pas d’armée française en Libye à ce que je sache. Il faut juste donner une raclée à Sarkozy pour avoir détruit un aussi beau pays que la Libye et pour avoir fait assassiner un dirigeant Africain, il ne faut pas l’oublier. Il faudrait qu’il s’explique publiquement sur cette affaire, même juridiquement sur ce qui a motivé ce crime. Car c’est un crime qui a été commis.

Christian Musampa: Un mot pour la fin, à deux semaines du deuxième tour… vous allez appeler à une mobilisation générale?
 
Calixte Beyala: Absolument. Plus que jamais, nous allons appeler à la mobilisation générale. Il faut absolument que Hollande gagne cette élection; car 5 années de plus avec Sarkozy, c’est l’Afrique qui va disparaître. Il a le sydrome de Napoléon. Il n’est pas diplomate et n’a pas le sens de la langue et du verbe comme on l’a en France. Il faudrait à tout prix qu’on s’en débarrasse. Et c’est pour cela que je mettrais toutes nos forces dans la campagne du deuxième tour.

Christian Musampa : Merci Calixte Beyala pour ces impressions à chaud.

Sourcecameroonvoice.com

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